
A Wenlou, un village pauvre au centre de la Chine de 1.200 habitants, 513 personnes sont contaminés par le VIH, soit 42% de la population. Contaminés parce qu’ils ont vendu leur sang, considéré comme «un acte exemplaire de citoyenneté» quand la Chine faisait face à une crise des réserves de sang dans les années 80. Les slogans «Donner son sang est glorieux» s’affichaient alors partout. Mais avec l’apparition du VIH et la réutilisation de seringues usagées ont propagé le virus dans de nombreux villages pauvres comme celui de Wenlou, surnommé le «village des sidéens».
Sun est né en 1968 dans ce village, et il a eu connaissance de sa contamination en 2002. Il y a trois mois, Sun a terminé construire une maison pour le mariage de son fils, considéré comme la dernière responsabilité d’un parent agriculteur chinois. Selon Sun, maintenant il peut quitter le monde «sans regrets». Témoignage recueilli par un journaliste sur Sina.com.
«J’ai commencé à vendre mon sang en 1991 contre cinq euros au centre de collecte de sang. Je n’avais pas d’argent et ils disaient que le don du sang était payant, j’y suis allé. Comme on était vraiment très pauvre, je n’ai pas hésité à revenir le lendemain pour donner à nouveau. Des médecins du Bureau d’hygiène de la ville viennent dans une pièce louée avec quelques outils très simples et sans poser de questions. En 1998, nous avons recensé des morts dans le village, tous avaient donné leur sang. Sans connaître la raison, tout le monde paniquait.
En 2001, j’ai été appris ma contamination. C’était aussi la première fois que j’avais entendu parler de cette maladie. Des médecins de la province sont venus. Ils ont pris des échantillons de sang des villageois. Quelques jours plus tard, nous avons été informés que neuf personnes sur dix étaient malades. J’avais perdu toutes mes forces, pensant à me suicider.
On a senti tout de suite la discrimination quand on sortait du village. Les légumes qu’on avaient cultivé ne se vendaient plus. Quand on cherchait un boulot dehors, on utilisait parfois des fausses cartes d’identité. On n’a pratiquement pas de revenus sauf la subvention de l’État : 20 euros par mois. Je suis désolé pour mes deux filles, qui doivent aller dehors travailler à l’âge de 15 ans.
En décembre 2002, le ministère chinois de la Santé a reconnu que ce système de collecte de sang avait provoqué l’étendue du sida, tout en essayant de masquer le problème. Un fonds spécial de 2 millions d’euros a été débloqué par le gouvernement. Mais combien les malades reçoivent-ils ? Seuls les cadres locaux corrompus peuvent le dire.
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